Salins de Giraud, 18 heures.
Nous prenons congé de la patronne du Musée du Sel, avec laquelle nous discutions d'une piste, en bord de mer, pour rejoindre les Saintes-Maries de la Mer, situées à 25 km à vol d'oiseau.
Si nous voulons y arriver avant la nuit, il nous faut pédaler sans tarder.
Bien vite, cependant, notre beau projet ne paraît plus très réaliste: la rencontre d'un cyclo canadien en route pour le Moyen-Orient, et les conseils, peu judicieux, de touristes qui inventent les portions de route qu'ils ne connaissent pas, font que nous n'atteignons le début des digues qu'à la nuit tombante.
La route n'offrant aucun recoin où dresser notre tente, nous décidons de nous engager sur ces étroites bandes de terre, parfois distantes de la côte d'une dizaine de kilomètres, au milieu de ces vastes étendues d'eau.
Et là, en un instant, l'ambiance devient incroyable: le coucher de soleil enflamme de rouge et de jaune toute l'étendue liquide et nous sommes assaillis par les ombres et les cris, tous différents, d'innombrables oiseaux.
Cependant, nous ne pouvons nous attarder: la nuit tombe vite et nous ne verrons bientôt plus notre chemin.
En plus, le vent se lève!
Nous envisageons alors de presser l'allure et de tenter de rejoindre un vieux phare sans lumière, dont l'ombre se dresse au milieu de l'étendue, probablement à une dizaine de kilomètres.
Bien vite, il n'y a plus de lumière du soleil. Heureusement, la lune, presque pleine, prend le relais.
Changeant notre direction au gré des digues perpendiculaires, nous sommes soudain surpris d'apercevoir, surgissant de nulle part, un vieux mobil-home, d'où s'échappe, dans notre direction, la petite lumière d'une lampe frontale: c'est Pablo (un jeune homme catalan, d'une trentaine d'années).
Comme nous tentons de dresser notre toile à l'abri de son engin, Pablo nous apporte 2 tasses de soupe, brûlantes, et tellement agréables à cet instant. C'est maintenant la magie d'une rencontre.
Un peu plus tard, alors que nous avions regagné nos appartements (et décliné l'invitation de Pablo de partager le sien), le vent redouble d'intensité. Craignant la déchirure de notre toile, nous n'avons d'autre solution que de décrocher celle-ci, qui flottera sur nos têtes jusqu'à l'aube.
Un peu plus tard, alors que nous avions regagné nos appartements (et décliné l'invitation de Pablo de partager le sien), le vent redouble d'intensité. Craignant la déchirure de notre toile, nous n'avons d'autre solution que de décrocher celle-ci, qui flottera sur nos têtes jusqu'à l'aube.
Au matin, le décor nous laissait sans voix.
Et nous prenions, tous trois, à vélo, la direction des Saintes-Maries.